samedi 30 novembre 2019 de 10H00 à 17h00 sur Lyon

Kant avec Sade1 Kant avec Sade

« Kant avec Sade » est un article extraordinaire. Écrit en 1963, remanié en 1966, c’est avec le discours de Rome le texte que Lacan cite le plus souvent dans l’ensemble de son oeuvre. Charles Melman nous en propose une lecture cette année.
La thèse est aujourd’hui encore d’une audace remarquable. Kant après des siècles d’éthique orientée par le bonheur avait dégagé l’impératif de la loi morale qui vaudrait dans tous les cas, et pour tous les sujets, même s’il entre en conflit avec le bonheur du sujet. Lacan interprète Kant à partir de Freud et avance deux propositions :
– la recherche du bonheur est régie par le principe du plaisir freudien,
– la loi morale s’origine, non pas dans le principe de réalité (il ne le formule pas explicitement parce que le mot est équivoque), mais dans la jouissance interdite du réel, du réel de la Chose. Ce rapport au réel est singulier et situe le sujet. Cette « loi morale », qui avec la psychanalyse, se révèle être celle du désir, s’oppose à tout ce qui serait confort et diminution de la tension, « égoïsme du bonheur ».
Lacan en trouve une illustration étonnante dans les oeuvres du divin Marquis où il lit que jouissance du réel interdit et recherche du bonheur sont représentés par deux personnages différents. Dans le libelle Français encore un effort, deux pôles, l’autre (l’Autre) et moi : la loi prônée donnerait à l’autre le droit de jouir de moi sans que je puisse y objecter. Plus nettement encore dans le cycle de Justine et Juliette. Juliette qui veut jouir à tout prix (poussant l’impassibilité jusqu’à sacrifier sa fille, etc.) contraste avec Justine, éternelle victime qui cherche un bonheur heureux et paisible. Il faudra nous demander pourquoi cette partition, et comment elle est liée à sa position subjective de Sade lui-même.
On peut voir là l’axe de l’article, mais on y trouve aussi
– une théorie du fantasme, dont le rapport à l’impératif de jouissance sera à préciser. Rappelons-nous que sur le graphe le fantasme est l’aboutissement du désir sur la ligne en court-circuit. Tandis que sur la ligne supérieure, celle de la jouissance et de la castration, la pulsion aboutit à S(A). De quoi réfléchir sur la jouissance et le désir. La maxime lacanienne « ne cède pas sur ton désir », est-elle équivalente à « ne cède pas sur ta jouissance » ?
– Une indication stimulante sur « la fonction de la présence » – de quoi ? – dans le fantasme sadien.
– Une première ébauche de la théorie des discours : « le sujet dont il se voit que sa division n’exige pas d’être réunie dans un seul corps ».
– Des vues profondes sur le christianisme : le rapport de l’impératif et de la Croix, mais aussi la notion du prochain évoquée déjà par Freud et par Klossowski.
– Une reprise de l’idée de l’entre-deux-morts, entre la condamnation et la disparition réelle : idée « dont se soutient l’au-delà ».
Beaucoup d’autres thèmes, sûrement.

Esther Tellermann, Cyrille Noirjean, Jean-Luc de Saint-Just, Jean-Paul Beaumont

 

PROGRAMME

Jean-Paul Beaumont, Ouverture
Marc Darmon, Le graphe en Z de Sade
Esther Tellermann, Jouissance et seconde mort : les apories de l’impératif sadien

Jean-Luc de Saint-Just, Jouissances et désir
Pierre-Christophe Cathelineau, Sade : une éthique de la jouissance ?

Charles Melman, discutant

 

 

 


TARIF 50.– €
UCLY Campus Carnot – Amphitéâtre Foliet
23 place Carnot – LYON 2
métro ligne A – station Perrache


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