Les enseignements
Dirigée et organisée par le Conseil d’administration de l'ALI-Lyon qui se réunit mensuellement et est composé par : Annie Delannoy, Georges Dru, Evelyne Luchini, Isabelle Masquerel, Cyrille Noirjean, Perline Roche, Jean Luc de Saint Just et Frédéric Scheffler. |
| INFORMATION PRATIQUES POUR PARTICIPER AUX ENSEIGNEMENTS |
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CARTELS
Groupes de trois ou quatre participant(e)s, qui se choisissent pour travailler une question à approfondir et sur laquelle on peut s'interroger avec un aîné . Toutefois, nous vous invitons à inscrire le cartel avec son titre et de faire mention de leurs noms pour les membres du cartel et de l’objet de leur recherche, de même pour l’aîné. Présentation et propositions des Cartels lors de la soirée de présentation des enseignements.
LES CARTELS EN COURS : "Lecture et étude du séminaire de J. Lacan La logique du fantasme" ;
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| PRÉPARATION AU SÉMINAIRE D'ÉTÉ |
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L'enseignement Etude du séminaire de J. Lacan, Le transfert dans sa disparité subjective, sa prétendue situation,ses excursions techniques.
Lors de la lecture de chaque leçon du séminaire, l’accent portera sur le travail en groupe afin que chacun puisse proposer une lecture du texte à partir de la justesse de son énonciation. |
| SÉMINAIRES |
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Lectures cinématographiques : cinéma entre psychanalyse et philosophie
Au cours de ce séminaire, nous nous attacherons à caractériser l’irreprésentable, s’il existe et s’il est possible de le situer par rapport à ses formes connexes : l’impensable, l’innommable et l’indicible. Le fil cinématographique sera comme toujours notre guide, et nous prendrons en compte les rapports singuliers, audacieux et disruptifs des images et des mots, des icônes et des signifiants, ces fragments fantomatiques qui déconstruisent la narration linéaire pour faire surgir une autre puissance, subtile et jouissive.
La pratique de la psychanalyse aujourd’hui.
Pour cette troisième année, nous poursuivons notre travail qui vise à localiser les inventions dont s'autorisent les sujets aujourd'hui pour se tenir dans le monde. Nos questions seront mises à l'épreuve de ce que corps veut dire aujourd'hui : quelles inventions, par corps, du corps permettent au sujet contemporain de faire valoir sa subjectivité ? Du corps pris par le bord réel, objet dont l'obsolescence programmée ne fait que profit pour les uns et malheur des autres, au corps magnifié par son bord imaginaire, image-objet qui tient le bonhomme, comment le sujet contemporain qui l'habite trouve-t-il consistance ? D'y retrouver son troisième bord, symbolique celui-ci ? Comment cela se noue-t-il ? Comment cela se découpe-t-il par les jouissances ?
Clinique psychanalytique ÉTUDE DU SÉMINAIRE RSI DE JACQUES LACAN 74-75
Lacan, dans son étude de Freud rompt avec le voyage dans le sens et les stades de l’érogénéité, pour cibler l’erre où le réel nous astreint et pousse notre existence. Une écriture de trois lettres R, S, I, dans le sens du non-sens, déroutante et sidérante à l’époque pour ses élèves, écrit néanmoins les soubassements de l’inconscient freudien et du sujet qui restent à déduire de cette nouvelle topologie. Son apport structural éclaire notre étude des années précédentes sur Dora et l’homme au rat. À partir des textes : RSI J LACAN DOCUMENT DE TRAVAIL ALI et de Charles Melman ÉTUDE CRITIQUE DU SÉMINAIRE RSI DE JACQUES LACAN |
| PSYCHANALYSE ET PSYCHIATRIE |
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Études Pratiques de Psychopathologie (En collaboration avec le Collège de Psychiatrie de Paris) La Santé Mentale en question Responsables : Dr Frédéric SCHEFFLER, Dr Eve TOGNET et Jean-Luc de SAINT-JUST
PROGRAME DES INTERVENTIONS Mardi 7 octobre Pascale Moins -Introduction à la santé mentale Mardi 2 décembre Anne Joos - Les névorse contemporaines Mardi 3 février Michel Jeanvoine - L'actualité des psychoses Mardi 5 mai Alain Harly la perversion ordinaire et l'autre Les mardis du mois suivant les interventions : Travail en groupe La notion de santé mentale est le plus souvent réduite à la seule référence au bien-être. Cela réduit la lecture et les pratiques de soin à l’ignorance de toutes les connaissances acquises en psychopathologie par la psychiatrie et la psychanalyse. À partir d’interventions de membres de l’ALI et du Collège de Psychiatrie, nous tenterons d’éclairer cette clinique en ne méconnaissant pas ce qu’elle nous enseigne des structures et économies psychiques aujourd’hui.
Emeline FITOUSSI, Dr Michel JEANVOINE, sous la responsabilité du Dr Frédéric SCHEFFLE, avec la participation d'Emeline Fitoussi et Michel Jeanvoine.
Responsables : Dr Frédéric SCHEFFLER, Dr Eve TOGNET et Jean-Luc de SAINT-JUST Les présentations cliniques sont associées à un travail autour de la fabrique du cas, avec un retour de ce travail lors de la présentation suivante. |
| GROUPES DE TRAVAIL |
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La topologie lacanienne Responsables : Georges DRU (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; tél :06 78 84 14 83) ; Evelyne LUCHINI (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; tél : 06 48 31 68 24)
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Atelier du semblant Responsables : Annie DELANNOY, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; isabelle MASQUAREL, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. dans les locaux de l’IFACT, 195 cours Lafayette à Lyon et en Visio conférence.
Notre social a donc beaucoup de mal à faire une place à la dimension du semblant pourtant essentielle dans la cure. La parole, matière première dans la cure analytique, est porteuse du savoir insu qui y sera produit. Et c’est d’une place de semblant que quelque chose pourra s’énoncer dans un rapport dialectisé à la vérité. Nous aurons à identifier ce qui de ces effets sociaux se répercute jusque dans nos cabinets, fragilisant le triptyque Vérité-Semblant-Savoir de notre pratique. Nous vous proposons un fonctionnement en atelier où chacun pourra inscrire sa parole, son travail, et ses questions. Corps et Adolescence
Que fait l’adolescent(e) de son corps : corps exposé, corps chosifié, corps scarifié, corps érotisé, corps figé, corps marqué… Quelles expressions, quelles inscriptions, quelles lectures, quel accueil dans la famille, dans la cité ?
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| LECTURE DE SEMINAIRE 2001-2002 DE CHARLES MELMAN :
« Pour introduire à la psychanalyse aujourd'hui » de Charles Melman Les premiers jeudi du mois de 20 H 30 à 22 H à partir du 2 octobre 2025 dans le local des enseignements de L'ALI-Lyon. Responsable de l'enseignement : Bernadette DELORME, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - 0632445262
Dans son ouvrage « Pour introduire la psychanalyse » Charles Melman revient sur le retour à Freud opéré par Lacan en s’attachant à déplier avec précision cette relecture dans le quotidien de la cure. |
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Autres enseignements dans la région
ALI Auvergne : 06 81 55 39 47 : plus d'informations ici |
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Anne JOOS : Névroses-introduction à la santé mentale au risque de la psychopathologie-le 2 décembre 2025
Névroses
Anne Joos
J’ai accepté d’intervenir dans le séminaire que Jean-Luc de Saint-Just propose, je ne suis pas vraiment une spécialiste de la névrose, mais parmi les trois structures freudiennes, névrose, psychose et perversion c’est en effet celle que j’aurai probablement le plus fréquentée, et plus particulièrement la névrose hystérique. J’aurais pu décliner l’invitation fermement, mais par amiAé pour Jean-Luc et aussi parce que cela nous oblige à remettre au travail ce que nous semblons connaitre depuis longtemps, je tenterai de vous en dire quelques mots et aussi comment j’entends la difficulté névrotique aujourd’hui.
Alors je vous disais névrose, psychose et perversion comme étant trois structures telles que les repère Freud et que Lacan les reprend. De structure il nous en faut bien une, c’est la façon dont nous nous sommes structurés dans le rapport à l’Autre. Ce rapport à l’Autre, Freud l’a repris sous le complexe d’Oedipe, disons que l’œdipe c’est ce qui propose un pacte symbolique par la promotion du Nom-du-Père1 et l’accès à une jouissance licite, la jouissance phallique entre autres. Rappelons que Lacan reprendra dans le nœud borroméen les trois jouissances (jouissance phallique, jouissance Autre, jouis-sens) qui toutes trois sont marquées par le fait de n’être pas toute. En d’autres termes, pour accéder à cette jouissance licite, il faudra au névrosé renoncer à une jouissance toute, il lui faudra perdre quelque chose. Cette objet perdu c’est l’objet ‘a’ dans l’écriture lacanienne.
Selon le dictionnaire de la psychanalyse, la névrose est un mode de défense psychique contre la castration par fixation à un scenario œdipien. Comment dire cela en mode compréhensible : une défense se construit toujours contre une menace, et qu’est-ce qui serait ici menacé ? On pourrait le dire simplement, c’est ‘l’unité du moi’, qui est menacée.
Pourtant le névrosé a un moi ‘fort’ disait Lacan, c’est pourquoi tout le courant anglo-américain de l’égo-psychologie, qui consistait à renforcer l’égo, renforcer le moi ne fait qu’aggraver la névrose. Car ce dont il s’agit pour tout humain, pour le petit de l’homme c’est d’accepter la castration, accepter cette perte de l’objet parfaitement satisfaisant et adapté. En d’autres mots, du fait de notre entrée dans le langage et la parole nous n’avons plus d’accès direct à la chose, à l’objet de notre pleine saAsfacAon. De là découlent quelques conséquences, à savoir la perte de l’immédiateté de la satisfaction ainsi que le fait de devoir faire avec l’impossible : quand nous parlons, chaque mot, chaque signifiant ne renvoie pas au même mais à un autre signifiant, ce qui ne permet pas la véritable saisie de l’objet qui manquera inévitablement. C’est donc un manque de structure et non le fait de la méchanceté ou du caprice de l’autre.
Je vous donne un exemple : une petite fille, elle avait deux-trois ans, ne parlait pas, elle désignait l’objet qu’elle voulait par quelque grognements ou cris, et sa mère obtempérait non sans énervement ; au bout d’un certain temps, sa mère inquiète, consulte une orthophoniste qui, après quelques séances avec l’enfant, dit à cette mère : si vous continuez à lui donner tout ce qu’elle veut sans qu’elle ait à vous le demander, cela ne changera rien... Il n’aura pas fallu deux semaines pour que la petite fille se mette à parler. Sa mère soutenue par cette orthophoniste, obligeant sa fille à demander ce qu’elle voulait, càd à en passer par les mots, avait accepté d’introduire ce délai que le média de la parole impose. Vous entendez bien qu’il y a un renoncement à l’immédiat dans l’accès à la parole. (media- im/médiat) L’entrée dans le langage humain s’accompagne d’une perte mais c’est aussi l’ouverture à de merveilleux échanges (et malentendus). C’est cette perte qui nous fait manquant, c’est un manque (d’un objet nommé ‘a’ par Lacan) pas seulement contingent mais structurel. Ce manque-là, c’est notre carte d’identité d’humain, c’est grâce à ce manque que nous pouvons aussi être désirant. Cet objet manquant est la cause du désir chez l’humain.
Alors le névrosé, il n’est pas vraiment en ordre avec cette affaire. Ce qui cause aussi son angoisse. Freud et Lacan ont souligné combien l’angoisse de castration était au cœur de la névrose. La castration, nous pourrions dire que c’est accepter la perte d’un petit bout pour ne pas tout perdre, ce qui s’oppose à la logique du ‘tout ou rien’ si souvent évoquée par nos analysants.
Et l’angoisse du névrosé vient signaler que ‘l’opération normative qu’est la symbolisaAon de la castration n’a pas été totalement réalisée2. J’insiste sur le normativant, bien disAncte du normalisant, car c’est là une criAque souvent renvoyée à la psychanalyse, celle de vouloir ‘normaliser’ ceux qui s’y adressent.
Donc vous entendez bien, cette perte inaugurale, déterminée par le langage, elle a pour le névrosé bien eu lieu, mais il en évite ou il n’en assume pas les conséquences. (Immédiateté et reconnaissance de l’Impossible).
Le névrosé attribue les causes de son malheur à ses ascendants, papa, maman, les frères et sœurs, et moi... Malheur de l’Œdipe ? Freud a situé l’Œdipe comme le noyau de toute névrose de transfert, je le cite : « la tâche du fils consiste à détacher de sa mère ses désirs libidinaux pour les reporter sur un objet réel étranger, à se réconcilier avec le père s’il lui a gardé une certaine hostilité ou à s’émanciper de sa tyrannie lorsque par révolte enfantine, il est devenu son esclave soumis ». Freud rajoute que si ces taches s’imposent à tout le monde, elles sont rarement réussies de façon idéale, mais que les névrosés échouent bien souvent à cette tâche. On entend ici la version plutôt masculine de l’Œdipe, pour Freud c’est mutatis mutandis aussi le sort de la fille. Pourtant, une de nos collègues, Martine Lerude, a très bien souligné que là où la fille se tourne vers le père (‘die Wendung zum Fater’) l’opération n’est pas synchrone avec ce détachement de sa mère, que ce sont là deux opérations en diachronie que l’on entend dans les cures. Si se tourner vers le père a bien eu lieu pour la fille, cela ne signifie pas nécessairement que le détachement, (la séparation) d’avec la mère et sa jouissance est effectuée. Il me semble que c’est là une forme névrotique assez contemporaine, il s’agit d’y prêter oreille. Ce qui peut se traduire par : venir boucher le manque chez l’autre, substitut de la mère.
Le complexe d’Œdipe est complexe ! Pour le garçon et pour la fille cela ne se joue pas de la même façon, Lacan dira que la fille entre dans l’Œdipe par le complexe de castration, elle a le plus souvent déjà fait la rencontre de ce que sa mère est castrée, mais comment l’a-t- elle entérinée, that’s the question ! Et pour le garçon, c’est en sortant de l’Œdipe qu’il acte le complexe de castration. (cfr sem V ).
Si le complexe d’Œdipe peut être considéré comme le noyau des névroses, pourquoi cet attachement aux parents, en bonne partie inconsciente, persiste-t-il ? Parce que les revendications libidinales (désir d’exclusivité, de rivalité avec le père, vouloir combler le désir de la mère en supprimant le père, voire l’inverse pour la petite fille) œdipiennes sont refoulées et se trouvent dès lors pérennisées. Dans l’inconscient, il n’y a que de l’inceste et du meurtre, disait Bergès ! Ces revendications refoulées, nous n’y avons pas accès de façon consciente, elles nous mènent à notre insu dans notre vie amoureuse, professionnelle, dans nos amitiés et nos engagements même au sein de nos associations. C’est pourquoi c’est à la question de l’Autre scène, la scène de l’inconscient que nous sommes attentifs dans notre écoute analytique. Une analyse, menée jusqu’à son terme ou suffisamment loin pourra rendre l’analysant plus à même de reconnaitre au sein de ses difficultés ce noyau névrotique et d’en prendre la mesure (néanmoins il restera pour tout analysant toujours quelques points aveugles, la transparence psychique est un leurre !)
Charles Melman insistera sur l’importance de l’historisation dans la constituion de la névrose. Le névrosé va refuser la valeur commune du complexe d’œdipe (càd. ce qui vaut pour tous) pour ne retenir que son histoire originale et exclusive dont il donnera les exemples : insuffisance de l’amour maternel, impuissance de papa, naissance d’un frère ou d’une sœur qui aura ravi l’amour des parents, etc. Je pense à une analysante qui en effet recentre tout dans ses propos autour de l’arrivée d’une sœur adoptive lorsqu’elle avait six mois, et sa dramaturgie entend difficilement qu’il s’agit aussi d’un fait de structure. C’est très souvent une névrose infantile qui se rejoue à l’âge adulte. (Christiane Lacôte en a écrit un article très intéressant, publié dans le JFP). Le mythe individuel du névrosé pérennise un dommage que les parents, père ou mère auraient à réparer.
« Le complexe d’Œdipe est la façon dont on peut se défendre contre la structure par l’histoire. » nous dit Melman,« l’histoire imaginarise ainsi le Symbolique pour se défendre contre le Réel. »3 Le réel c’est l’Impossible dont je parlais tout à l’heure, ou pour le dire autrement l’Impossible, c’est le trou réel dû au langage et à la parole, comme l’écrit Thierry Roth dans son dernier livre, Les névroses de récusa6on.
Mais alors, puisqu’il s’agit de relever le mécanisme de défense des névroses, à savoir le refoulement, il importe de s’y arrêter quelques instants. Freud établit l’étiologie sexuelle des névroses et il va distinguer différents types de névroses : celles ou les symptômes proviennent directement d’une excitation sexuelle sans intervention d’un mécanisme psychique (neurasthénie ou névrose d’angoisse) et celles où intervient un mécanisme psychique de défense, à savoir le refoulement ; je n’entre pas trop dans les détails mais souligne que le refoulement concerne une représentation d’ordre sexuel inconciliable avec le moi. Dans l’hystérie, l’excitation détachée de la représentation est convertie par le refoulement dans le domaine corporel, (somatique) et pour la névrose obsessionnelle ainsi que dans le champ des phobies, elle reste dans le domaine mental, psychique et est reportée sur d’autres représentations. Mais pour les deux c’est toujours d’un conflit qu’il s’agit, conflit entre le moi et les pulsions sexuelles. Celles-ci réfractaires à tout renoncement car ne visant que le principe de plaisir, entrent en conflit avec le moi, dira Freud, qui lui se trouve dominé et soumis aux nécessités du monde, via ce qu’imposent les parents, et les exigences de la civilisaAon. (Lacan, le refoulement, sém V, p. 234, Seuil)
Et ces deux versants de la névrose (hystérique /obsessionnelle) se traduiront concrètement par deux modes de résistance à la dimension de l’Impossible. Pour l’hystérique la modalité de son désir sera marquée par l’insatisfaction, son désir sera et se devra d’être toujours insatisfait, c’est ce qui en fait sa plainte principale mais aussi la marque spécifique de son désir. Pour l’obsessionnel la modalité de son désir sera toujours marquée par l’impuissance, une impuissance qui le mine, marquée entre autres par les annulations de ses engagements qu’il aura difficile à tenir. (et les inhibitions). Dans l’hystérie le sein symbolise la demande faite à l’Autre, dans la névrose obsessionnelle les fécès symbolisent la demande faite par l’Autre.
C’est intéressant de noter la parution d’un livre de notre collègue Thierry Roth qui justement relève à propos de ce conflit une nouvelle position, non le refus ni la contestation mais la récusation du NDP.
Si je vous disais en commençant mon propos que j’avais davantage rencontré la névrose hystérique dans ma pratique, c’est en parce parce que j’ai travaillé longtemps en milieu hospitalier et que donc la question du corps, des symptômes se logeant du côté du corps y étaient plus manifestes (symptômes physiques, physiologiques mais qu’avec mon oreille devenue psychanalyAque j’ai pu entendre aussi comme un compromis se logeant dans le corps entre des désirs conflictuels, symptômes donc formant une tentative de sorte du conflit mais ne le soluAonnant pas. D’ailleurs, le conflit est-il si facilement soluble dans le corps ? Il ne l’est pas sans souffrance. Je m’explique.
Dans le domaine (maternité et gynécologie) qui m’a longtemps retenue, cela tournait souvent autour de l’accès compliqué pour une femme à la maternité, là où désirs conscients et vœux inconscients se croisent ou croisent les armes. Comment donc une femme qui dit désirer ardemment un enfant ne parvient-elle pas à être enceinte, ou ne parvient-elle pas à mener à terme les grossesses qu’elle porte, comment une femme quittant son mari parce qu’elle dit ne plus l’aimer tombe-t-elle enceinte de lui le mois avant leur séparaAon déjà prévue ? Que se joue-t-il donc dans le corps et par le corps, à l’insu de cette femme ? Quand on travaille en planning familial, en maternité, en grossesses à hauts risques, en PMA, on ne peut qu’être confronté à ces dires si conflictuels et en souffrance.
Le dire l'emporte sur le dit, le corps souffrant est un corps habité d'une lettre en souffrance, en attente d'une adresse. La question étant : où trouvera-t-elle cette adresse ?
C’est bien ce que le geste freudien propose, c’est la position de Freud à l’écoute des premières hystériques qu’il rencontre chez Charcot, position de clinicien se mettant au chevet non du malade mais du texte du malade, au chevet de ce qu’elles avaient à dire.
Et cette parole, imprévisible, inédite n’est pas sans effet sur le corps, sur la physiologie du désir.
Je vous donne un exemple.
Je reçois une dame, introduite dans mon bureau sur injonction médicale. Je la reconnais car je l’avais déjà rencontrée. Dans le service de PMA un premier entretien avec chaque couple était prévu avant qu’ils ne commencent les traitements. Le souvenir de l'el'entretien précédent me revient, un ententretien où peu de choses s’étaient dites, sinon qu’il y était ququestions de justifications concernant ce désir d'enfant tellement légitime, de plaintes à l’égard de son mari qui ne comprenait pas son acharnement, et de plaintes concernant des traitements si éprouvants et peu commodes par rapport à son horaire de travail. Elle commence le second entretien en disant ‘’Le médecin me demande de venir vous voir, mais de toutes façons, ça ne servira à rien". Si son mari souhaite arrêter les traitements, même le médecin ne sait plus quoi lui proposer. C’est dans cet état que soudain elle se met à pleurer et ensuite à dire des bouts de son histoire. Je note le fil associatif : « un cousin dont ma mère s’est beaucoup occupé quand il était petit...il vivait chez nous ...il était comme un frère pour moi ...il est décédé accidentellement...j’aurais tant aimé offrir un enfant à ma mère, elle est déjà âgée... »
A la fin de cet entretien, où je n’interviens quasi pas, elle se lève, me demande pourquoi elle m'a raconté tout cela. Elle n'en a jamais parlé à personne. « Et puis cela n'a rien à voir avec l’hôpital et la FIV » dit-elle.
Deux mois plus tard, on m'apprend qu'elle est enceinte. Tombée enceinte, comme on dit, spontanément, sans aucun traitement. Si ce n’est, et ce n’est pas le moindre, le traitement de la parole. Avec les effets de corps que produit la parole pleine, comme le dit Lacan.
Alors, dans l'impasse où elle se trouvait, dans cet état où elle n’avait plus rien à espérer, ni de la FIV, ni des médecins, ni de son mari, elle avait lâché ce qui lestait son désir d'enfant, à savoir une souffrance d'enfance.
Ce qui est à remarquer, c’est qu’au moment où elle entrevoit que la médecine ne peut plus rien pour elle, càd. au moment où le médecin lui signifie sa limite à lui, une faille s'ouvre. Le ‘toujours possible’ des traitements proposés l’un après l’autre fonctionne comme un bouchon au manque, tandis que l’impossible vient opérer un trou, où une parole est possible. Est-ce au moment où elle n’a plus rien à perdre ? Ce serait faux de penser cela : elle sait qu’elle va tout perdre, tout ce à quoi elle tient le plus, càd. à son symptôme, et dans un sursaut de vie où Eros rattrape Thanathos, elle se déleste de cette lettre inconsciente. Je ne vais pas rentrer dans l’analyse de ce cas.
« Ce que le patient demande à la médecine, c’est un savoir concernant son corps, son identité » .... « ce que le patient ne sait pas c’est que son corps est chiffré dans un discours spécifique »(G. Raimbault, La clinique du réel, p. 25)
« L’analyse prétend cette chose folle : il y a en nous un texte qui fait loi bien que nous ne le connaissons pas »p. 40
Ces deux remarques de Ginette Raimbault ouvrent la question du discours, du rapport à l’autre. Et Lacan a élevé l’hystérie à la dignité d’un discours, càd d’y reconnaitre la matrice d’un rapport à l’Autre spécifique : L’hystérique parle à partir de sa subjectivité (c’est pourquoi son rapport à la science médicale qui l’objective est souvent conflictuel, Donc elle parle du lieu de sa subjectivité (S barré)et s’adresse à celui qu’elle met en position de Maitre celui à qui elle suppose un savoir (S1) en le sommant (c’est un peu plus fort qu’une demande c’est une sommation) de produire un savoir (S2) sur ce qu’il en est de sa jouissance, de sa vérité...mais cela c’est une tâche impossible....ce dont l’hystérique si elle n’y consent pas (à l’impossible) sera déçue, et le Maitre déchu du même coup de sa place, et l’hystérique réitérera sa quête auprès d’un nouveau Maitre...à moins de consentir à ce qui de sa vérité se produira en analyse. (passage de l’insatisfaction à l’impossible)
« C’est bien en quoi l’expérience analylitique n’est pas objectivable, elle implique toujours au sein d’elle-même l’émergence d’une vérité qui ne peut être dite, puisque ce qui la constitue, c’est la parole, et qu’il faudrait en quelque sorte dire la parole elle-même, ce qui est à proprement parler ce qui ne peut pas être dit en tant que parole » p. 13, Lacan, le mythe individuel du névrosé.
Encore un mot, si le temps nous le permet. Aujourd’hui nous serions bien les derniers à venir soutenir la nécessité structurale du renoncement. Tout le discours contemporain est vraiment marqué par le ‘sans limite’, par la profusion d’objets à convoiter, à consommer. Le ‘sans limite’ nous met dans une posiAon où le désir, voire le désirant, est sans cesse mis à mal par tous les objets bouchons qui lui sont offerts, enfin il doit quand même les payer, mais du coup il ne paie pas là où il y aurait à payer le prix. Le discours contemporain souligne qu’au contraire la frustration peut être dépassée (et non traversée) par des objets comblant (voyages low cost, commande amazone, black Friday..) faisant ainsi faire l’économie de ce à quoi il y a néanmoins à renoncer.
1 NDP : Lacan nous rappelle « qu’à l’intérieur du système signifiant le Nom-du- Père a pour fonction de signifier l’ensemble du système signifiant, de l’autoriser à exister, d’en faire la loi ». (Lacan, Sém V, p. 240) . Le phallus (et le phallus qui est un signifiant, [signifiant de la jouissance sexuelle, le point où s’ar6cule nos différences dans le rapport au corps, à l’objet et au langage, dict, Hiltenbrand] quatrième terme dans la triade papa, maman, enfant)
2 Cfr DicAonnaire de psychanalyse, Chemama, Vandermersch.
3 Ch. Melman, Refoulement et déterminismes des névroses.

Responsables : Bernadette DELORME [
Responsables : Annie DELANNOY, Angela JESUINO et Cyrille NOIRJEAN Contact :
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Responsables : Dr Frédéric SCHEFFLER et Jean-Luc de SAINT-JUST 

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